petite sortie ce jeudi pour quelques membres du CAJ triés sur le volet (Merci Phil et Manpower)
Le Musée Matisse Créé par Henri Matisse de son vivant dans sa ville natale , réouvert depuis le 8 novembre 2002 après trois années de travaux, plus de 170 oeuvres de celui que tous s'accordent à reconnaître comme un des plus grands peintres du XXe siècle vous sont proposées.
Installé dans l’ancien palais Fénelon depuis 1982, il offre un superbe panorama de l’œuvre de cet artiste, un des plus grands du XXème siècle:
Dix-sept salles d'exposition ont été aménagées dans le musée Matisse rénové.
- La collection Matisse est installée dans le corps du Palais Fénelon. Dix salles qui, en dix étapes, racontent la vie et l'œuvre d'Henri Matisse La collection d'Auguste Herbin est agencée dans le nouveau bâtiment, en cinq salles retraçant le parcours de l'artiste né à Quiévy en 1882 .
- La salle Tériade présente la donation du célèbre éditeur : 27 livres et quelque 500 gravures réalisées par les plus grands artistes : Chagall, Léger, Rouault, Miro, Matisse, Le Corbusier... -
Une salle d'exposition temporaire de 500 m2 : la première exposition est consacrée à la donation d'Alice Tériade : Tériade et le livre de peintre
9 années, un record de longévité pour ce rendez-vous hebdomadaire et convivial.
Fêtons-le en dégustant un verre de beaujolais ! Rendez-vous à partir de 19 h à l'Excentric' Café de Cambrai NB : Phil sera à l'heure (normal, un buffet campagnard sera servi ;O)
Avec modération...
L'histoire du Beaujolais Nouveau...
« Le vin est nouvellement en perce, à pleins pots et à pleines tonnes, vin discret, plein, courant comme écureuil en bois, sans nul goût de pourri ni d’aigre ; il court sur lie, sec et vif, clair comme larme de pêcheur ; vin inséparable de la langue. Voyez comme il mange sa mousse, comme on le voit sauter, étinceler et frire ; tenez-le un peu sur la langue et vous en sentirez le goût passer au cœur » (le Jeu de Saint-Nicolas, Jean Bodel d’Arras, 1200 ; texte dit par le crieur de vin Raoulet annonçant l’arrivée du vin nouveau, dans les rues de Paris).
L’histoire du vin nouveau est bimillénaire.
I – Le vin nouveau : de la « serva potio » au vin « loyal et marchand », il traverse les civilisationsLa consommation des vins nouveaux est une coutume plus que traditionnelle : elle date de l’origine de la consommation du vin. Dans l’Antiquité, la « serva potio », la « lora » ou « boisson des esclaves » était proposée aux vendangeurs, dès le raisin pressé. Elle était obtenue par une deuxième macération du moût délayé dans de l’eau et devait durer jusqu’au solstice d’hiver. Au Moyen-Age, le vin est mis sur le marché très tôt dans la saison, environ quinze jours après la fin des vendanges, en vertu d’un système qui, à cette époque, présente deux avantages :
• le seigneur, l’évêque ou l’abbé du Monastère, propriétaire viticole, obtient les meilleurs prix pour ses vins. Il a le privilège d’être le premier à commercialiser la boisson attendue de tous. Le banvin lui donne même l’exclusivité de la vente : lorsqu’il est titulaire de ce privilège, il est le seul à avoir le droit de vendre son vin… Le banvin est levé lorsqu’il a écoulé la totalité de sa production. Ses « concurrents » ont alors accès au marché.
• La commercialisation précoce des vins pallie les problèmes liés aux difficultés de conservation des vins. Gardé dans des tonneaux de mauvaise qualité, le vin, s’oxydant au contact de l’air, tourne vite au vinaigre et devient imbuvable.
A partir du XIIIè siècle, la bourgeoisie citadine remplit, elle aussi, ses celliers, souvent avec le vin de ses propres domaines, admis en ville sans droits d’entrée et débité, de même, à domicile, « à huis coupé et pot renversé ». Elle rivalise ainsi avec les taverniers et les aubergistes et se trouve, comme eux, confrontée, dès la fin de l’hiver, à une extrême raréfaction du produit.
Jusqu’au XIXè siècle et à l’essor des vignes en France, le marché viticole est un marché de la pénurie. L’offre ne parvient jamais à satisfaire la demande. Historiquement, les premiers vendeurs de vins nouveaux sont le roi, le seigneur et l’église. Son négoce est primordial : surveillé par toute une armée de courtiers piqueurs et de jurés, on dit d’ailleurs qu’il est « loyal et marchand ».
Lorsque le vin manque, la colère gronde.En 1788, à Lyon, les ouvriers de la soie se révoltent. A Paris, la prise de la Bastille est précédée « d’émeutes de la soif ».
La récolte nouvelle est, donc, chaque année, attendue avec la plus grande impatience. D’autant plus qu’en France, comme dans tous les pays producteurs de vins, la période suivant les vendanges est faite d’allégresse et de fêtes marquant la fin d’un dur labeur et concluant l’année viticole.
Parmi les fêtes accompagnant la fin des vendanges et les premières dégustations, la Saint-Martin, le 11 novembre, est un temps fort, jusqu’à la fin de la première guerre mondiale et la signature de l’armistice. Elle marque, pour les gens de la vigne, le jour du paiement des loyers, l’échéance des contrats d’embauche pour les ouvriers, les apprentis, les domestiques, le règlement des comptes entre vignerons et vendangeurs… C’est aussi à cette date que les viticulteurs offrent les prémices de leur récolte et font traditionnellement goûter le vin nouveau : la dégustation s’appelle « la martinée » et le tirage du vin nouveau « le martinage ». Elle s’accompagne d’un grand dîner au cours duquel l’oie de la Saint-Martin est servie.
II - Dans le Beaujolais, les Lyonnais renforcent cette tradition du vin nouveau Aux portes du vignoble beaujolais, les Lyonnais attendent, eux aussi, la récolte nouvelle. Les vins de la récolte ancienne sont aigris ; il faut les remplacer et s’approvisionner au plus vite, avant même la fin de la fermentation.
Les débitants de boisson, les « bouchons », les « épiciers porte-pot » sont les premiers à goûter les vins nouveaux. Dès les vendanges achevées, au début du XXè siècle, ils viennent dans le vignoble chercher les vins et répondre, ainsi, à la demande de leurs clients en « raflant » les meilleures cuvées.
Le vin achève sa fermentation en pièce (tonneau de 216 litres) pendant le transport cahoteux en voiture à cheval ou en barges en bois sur la Saône jusqu’à Lyon et ses environs.
A l’époque, la commercialisation n’est ni réglementée, ni organisée. La physionomie du vignoble beaujolais n’a rien à voir avec celle d’aujourd’hui. Jusqu’aux lendemains de la seconde guerre mondiale, qui voient se perpétuer la coutume des bistrots s’approvisionnant directement « à la source », les vins nouveaux sont majoritairement produits dans la zone centrale du vignoble, sur moins de 2 000 hectares de vignes situées à Blacé, Saint-Etienne-les-Oullières, Saint-Etienne-la-Varenne, Vaux-en-Beaujolais, le Perréon… Dans les secteurs les plus précoces du Beaujolais, berceau historique des « nouveaux », avant l’essor des zones situées dans l’appellation beaujolais proprement dite, plus au sud.
La tradition domine. Le beaujolais nouveau n’est pas considéré comme un marché spécifique. Il faudra attendre les années 50 pour que naisse le phénomène et la seconde moitié du XXè pour qu’il s’amplifie, jusqu’à devenir, aujourd’hui, un phénomène inégalé dans l’univers mondial du vin.
III – Le phénomène du beaujolais nouveau Nombreux sont ceux qui disent avoir compris le phénomène du beaujolais nouveau et le résument par un simple terme, celui de « marketing ». Le beaujolais nouveau serait, explique-t-on en général, la plus « belle opération commerciale de l’après-guerre », un « coup de génie du marketing ». Le phénomène, effectivement né dans les années 50, est bien plus complexe que cela.
Il tient à la conjonction de quatre facteurs :
• une décision réglementaire, émanant des Administrations Indirectes, le 13 novembre 1951
• un cépage : le gamay noir à jus blanc, quasi-exclusivement beaujolais, produisant de merveilleux vins nouveaux • l’énergie de viticulteurs et de négociants et leur volonté de développer le vignoble
• l’engagement de nombreux ambassadeurs, amoureux du Beaujolais et attachés à la convivialité d’un vin populaire et républicain
A – L’armature du phénomène :
un ensemble de textes réglementairesL’histoire réglementaire du beaujolais nouveau débute le 11 mars 1951, avec la suppression du principe d’échelonnement des sorties des vins de la propriété. Jusqu’à cette date, les ventes de vins faisaient l’objet d’un calendrier minutieux fixant le pourcentage de la récolte pouvant être commercialisé et les différentes dates de libération de ces volumes. Objectif : planifier l’approvisionnement en vin des armées.
Au printemps 1951, ce calendrier est supprimé. Viennent ensuite, pour le beaujolais nouveau, une succession de dates-clé :
• Le 8 septembre 1951, un arrêté paru au Journal Officiel relatif à la « commercialisation des vins de la récolte 1951 » stipule que « les producteurs ne sont autorisés à faire sortir de leurs chais les vins de la récolte 1951 bénéficiant de l’appellation d’origine contrôlée qu’à dater du 15 décembre 1951 ».
• En octobre 1951, les vignerons réunis au sein de l’Union Viticole du Beaujolais demandent la possibilité de commercialiser « de suite les vins du Beaujolais » en faisant remarquer qu’ils « sont des vins de primeur ». Ils obtiennent rapidement satisfaction.
• Le 13 novembre 1951, une note de l’Administration des Contributions Indirectes précise « dans quelles conditions certains vins à appellation contrôlée peuvent être commercialisés dès maintenant, sans attendre le déblocage général du 15 décembre prochain ». Les vins visés sont : le Beaujolais, les Côtes-du-Rhône, la Bourgogne (vins blancs) et Bourgogne Grand Ordinaire, le Bourgogne Aligoté, le Mâcon (vins blancs), le Gaillac et Gaillac Premières Côtes (vins blancs), le Muscadet. La possibilité de commercialisation immédiate est subordonnée à l’autorisation préalable de l’I.N.A.O (Institut National des Appellations d’Origine). Cette date marque la naissance officielle du phénomène du Beaujolais nouveau. Les volumes commercialisés à cette époque par le vignoble seraient de l’ordre de 15 000 hl.
• Pendant quinze ans, la date du déblocage du beaujolais nouveau n’est pas fixe. Elle varie de quelques jours, en fonction des millésimes. Le 20 octobre 1952, la date du 3 novembre est avancée pour la libération anticipée du beaujolais. En 1953, elle tombe le 1er novembre…
• Le décret du 15 novembre 1967 rationalise le déblocage en instituant une date fixe : la date du 15 novembre, à 0 h 00, est retenue pour commercialiser le beaujolais nouveau, chaque année. Cette règle ne connaîtra qu’une seule exception : en 1977, année particulièrement tardive, le beaujolais nouveau est mis en vente le 25 novembre, à 0 h 00. La récolte, produite dans des vignes qui couvrent désormais 20 000 hectares, est alors de 220 000 hl.
• Nouvel aménagement, en 1985 : pour faciliter la mise sur le marché des 500 000 hl produits cette année-là, un décret fixe au troisième jeudi de novembre la date de la mise à la consommation du beaujolais nouveau (et des autres primeurs). Cette date du troisième jeudi de novembre est toujours en vigueur aujourd’hui.
B – La magie d’un cépage :
le gamay noir à jus blancBouté hors de Bourgogne en 1395 par Philippe le Hardi, le très « déloyault » gamay est aujourd’hui un cépage quasi-exclusivement beaujolais : sur 36 000 hectares de gamay plantés dans le monde, 22 500 le sont dans le vignoble beaujolais. Celui que l’on surnomme parfois petit Gamay, Gamay rond ou encore Bourguignon noir, a donc véritablement trouvé sa terre d’élection sur les sols argilo-calcaires et les terrains granitiques du Beaujolais.
Ce cépage a des aptitudes culturales et agronomiques spécifiques. Très résistant, fertile, il est particulièrement difficile à conduire. Il nécessite, si l’on veut maîtriser sa vigueur et juguler ses rendements, des soins très minutieux :
• Une densité de plantation traditionnellement serrée : de 8 000 à 10 000 pieds par hectare, elle peut aujourd’hui être diminuée, jusqu’à 6 000 pieds/ha, en vertu des modifications introduites par l’I.N.A.O dans les décrets des appellations, en novembre 2004.
• Une taille courte laissant 3 à 5 cornes sur chaque cep et un maximum de 10 yeux (bourgeons).
• des « vendanges en vert ». Pratiquées en juillet, elles consistent à diminuer le nombre de grappes par cep pour maîtriser au mieux les rendements. Ces pré-vendanges, il y a une décennie encore, déclenchaient l’étonnement des producteurs, la plupart n’en voyant pas l’utilité. Aujourd’hui, elles se généralisent de plus en plus, à chaque millésime. Sur le plan œnologique, le gamay donne des vins fruités, dont les arômes s’expriment rapidement, à boire plutôt jeunes. Il est particulièrement adapté à la vinification de vins nouveaux. Sa prééminence dans le Beaujolais explique le développement des vins nouveaux et la première place qu’ils occupent actuellement. Sans le gamay, il n’y aurait jamais eu de beaujolais nouveau.
C – Le rôle des bistrots à vins, des négociants et de l’interprofessionLes bistrots à vins tiennent un rôle primordial dans la promotion du beaujolais nouveau. Parmi eux, véritables locomotives, les lauréats parisiens de la Coupe du Meilleur Pot, trophée décerné depuis 1954 par l’Académie Rabelais. Cette académie a été fondée par une joyeuse équipe d’artistes et de journalistes réunis à Château Thivin, au pied du Mont Brouilly, autour de Marcel Grancher et de leur hôte Claude Geoffray. Grâce à eux et d’autres zélateurs, le beaujolais nouveau cesse d’être un produit purement lyonnais. Le vin gaillard et friand pousse les portes des bistrots parisiens.
En 1959, l’Union Interprofessionnelle des vins du Beaujolais est créée. Elle initie des opérations de promotion dès 1960. En 2004, elle change de nom et devient Inter Beaujolais.
En 1966, les 250 magasins Nicolas ouverts à Paris organisent, pour la première fois, un événement spécifique au lancement du beaujolais nouveau.
En 1976 – très belle année -, la presse note déjà que le beaujolais nouveau est « le maître de tous les zincs et comptoirs de la capitale » et que « le tout-Paris est mobilisé pour cautionner le nouveau-né ».
Le négoce local, intéressé par le produit et ses débouchés, est aussi un excellent vecteur pour le développement du beaujolais nouveau . A la fin des années 60, alors que le phénomène prend de l’ampleur, les négociants font une percée sur les marchés étrangers. Après la conquête de l’Europe, vient celle de l’Amérique du Nord, puis l’Australie en 1982, le Japon et l’Italie en 1985, les pays du sud-est asiatique dans les années 90… Puis l’Europe centrale et de l’est après la chute du mur.
Chaque nouveau consommateur, où qu’il soit dans le monde, aura bientôt en tête la célèbre petite phrase :
« le beaujolais nouveau est arrivé », quelques mots simples vraisemblablement nés sur une ardoise, accrochée par un patron de bistrot au-dessus de son zinc.
En France, René Fallet en fait le titre de l’un de ses romans. Puis vient un film, en 1968. Pour le lancement du beaujolais nouveau 2005, elle s’est modernisée et rajeunie en devenant « It’s beaujolais nouveau time » (sa traduction anglaise), dans le cadre de la première campagne de communication globale initiée par le vignoble. Cette campagne se poursuit en 2006.